
Ce film surprend toujours autant depuis sa sortie en 1992, soit déjà 14 ans. On aurait pu croire que son esthétique baroque et foisannante aurait pu à l' époque comme aujourd'hui l' étouffer voire le tuer mais bah... non. Et cette adaptation du roman de Bram Stocker s' avère finalement comme l' une des plus belles, fascinantes et proches du bouquin avec le Nosferatu de Murnau tout en restant très personel que c' en est troublant.
Devant ce film, comme devant un Excalibur de Boorman, un Ghost in the Shell d' Oshii, un Miroir de Tarkovski ou un Barry Lyndon de Kubrick voire n' importe quel Kurosawa, c'est d' abord la perfection esthétique et plastique qui frappe, choque presque, pour nous renverser totalement à son passage. Chaque scène, chaque plan en plus d' être composés comme des tableaux aux cadrages proches de la perfection font montre d' une beauté stupéfiante et douloureuse qui répond bien à celle du film en lui même. La première fois qu'on voit le film, on est éberlué, on se dit qu'on va avoir du mal à supporter tant de foisonnement à l' écran. C'est presque du grandguignolesque, mais petit à petit on rentre dans le film pour s' apercevoir que cet amour total, presque fou imprègne donc aussi bien l' histoire que l' image.
Amour fou à la fois de Dracula pour Mina, la réincarnation de sa Elizabetha perdue comme amour chaste de Jonathan envers Mina ou l' amour charnel développé par Lucy. En ce sens Dracula s' avère comme un monstre doté d'une terrible humanité car à la différence de Jonathan et Lucy, il aime autant chastement que charnellement avec cet amour qui finira par le détruire, causer inlassablement sa perte telle cette phrase appropriée issue de King Kong (autant 1933 que 2005) qui ressort très bien ici : "Et quand la bête vu la belle, il fut perdu. C'est la belle qui a tué la bête".
Amour de Coppola pour la science et la technologie qu'on (re)découvre comme Dracula (Francis nous tient continuellement en position de voyeur pour finalement nous faire adhérer du côté du vampire et ainsi nous émerveiller à chaque fois). Devant nos yeux ébahis c'est toutes les nouvelles technologies émergeantes du XIXe et XXe siècle qui prennent forme et envahissent l' écran : le phonogram, le télégrame, les premiers vinyles et surtout le cinéma qui tient une place prépondérante à tel point que le réalisateur n' hésite pas à tourner un plan en accéléré boursouflé de moisissures comme les premiers films du début du siècle.
Amour des acteurs à la fois par le réalisateur mais aussi pour le rôle. Tom Waits de passage pour un court second rôle impressionne autant à l' écran qu'un Ron Perlman dans un Jeunet ou un Annaud. Gary Oldman littéralement imprégné de son personnage de monstre sanguinnaire terriblement plus humain que ces derniers explose littéralement le film, le porte presque sur ses seules épaules, à la fois théâtralement et sobrement. Winona Ryder est sublime une fois de plus et sa beauté et son intelligence, son rôle humble nous font presque tourner la tête. Anthony Hopkins cabotine une fois n' est pas coutume mais il le fait tellement sympathiquement que c' en est plaisant. Reste Keanu Reeves acteur incapable de sourire quelque soit le rôle qu'il a (ça fait 20 ans de cinéma dans sa carrière qu'il ne sourit pas, je reste inquiet), mais curieusement dans le rôle du jeune amoureux naïf et transi, ça passe bien.
Devant un tel film somme, on reste ébahis et on ne peut que pleurer la fin tragique du maître vampire dans un final haletant à la démesure du film.
Pour moi, impossible de rester objectif devant un film qui fait appel à la passion en chacun de nous alors je le dis comme ça, à prendre avec des pincettes ou en total accord avec ma subjectivité, ce film est un chef d' oeuvre, voilà.
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