12 novembre 2005

Trance profonde.

Mère : "Tu sais quoi ? Johnny Halliday, c' était un enfant abandonné !"
Nio : "C' est toujours pas ça qui me fera acheter ses albums..."



En parlant brièvement en commentaires chez l' ami Nils hier, j' ai laissé entendre mon point de vue sur la "déculturisation" en France. Alors oui, certes, je fais mes études dans une région, la Picardie (que je vais d' ailleurs prendre à titre d' exemple), alors que je suis plutôt originaire de la banlieue Parisienne, enfin de ses environs. Oui d' accord, la Picardie accuse un étrange retard culturel à tel point que le rectorat d' Amiens et même certains professeurs se complaisent à parler de RCP, le Retard Culturel Picard.
Mais à bien y regarder, quelle est la cause de ce manque de culture ?
Sans parler du manque flagrant de politesse ou d' humanité dans ce que j' ai pu tristement observer.

A ce stade, c'est même plus la France Profonde, c'est la Trance Profonde. Même bien profonde hein, Fantasia chez les ploucs, oui msieur !

Bon je sais bien qu' Amiens (pour me baser sur cette ville puisque à vrai dire, c'est celle ci qui ne m' inspire que morosité et dégoût avec le temps) a été détruite intégralement (sauf sa cathédrale, d' où cette photo formidablement surréaliste que nous découvrîmes l' année dernière en cours de sciences humaines d' un bâtiment religieux intact au milieu de ruines) et ensuite reconstruite tout aussi intégralement, faisant presque fi de son passé ou presque. Fini les maisons moyen-âgeuses et féeriques, place au béton (merci mr Perret) et à la brique rouge pour l' ensemble de la ville (comme presque toutes les villes du Nord). Amiens n' a gardé qu' au minimum de l' histoire une personnalité érigée en culte parfois inquiétant (Jules Verne dont j' ai hâte que se finisse ce centenaire abrutissant où dans la ville, les gens ne pensent plus qu' a ça. Jules Verne ! Jules Verne ! Mais ses foutus bouquins ont très mal passé le temps et en sont devenus impossibles à lire. Il n' y même pas la passion ou le lyrisme inhérent à Zweig. Les femmes sont mêmes inexistantes chez Verne ! Quitte à voir un univers à la Verne mais avec passion, amour du bel ouvrage, autant lire "les cités obscures" la très belle série de Schuiten et Peeters); une tour censée symboliser la modernité de la ville, moche le jour, phare s' illuminant de cette beauté lumineuse qui manque à la ville le soir et quelques monuments aux morts devenus la chiasse gardée des pigeons.

Il y a le climat Picard qui joue dans ma colère aussi. Proche de celui d' une frileuse Angleterre qui arborerait fièrement un imperméable ou un k-wai tout sourire devant Big Ben pour les frais d' un Konica ou Kodak, l' immigré scolaire que je suis doit se taper un semblant de sourire devant une tour Perret bétonnée sous une flotte de merde les 3/4 du temps.

Il y a les gens.
Ah oui. les gens.
Les gens qui vous bousculent alors que vous faites la queue pour vos billets de train (!), les vieux qui se croient tout permis pour passer d' ailleurs devant vous au moment où vous allez acheter le billet au guichet pour entendre un semblant de voix humaine plutôt qu' un écran désincarné qui vous rappelle celui que vous contemplez au moment où vous écrivez cette note (!) mais aussi avouons le, parce que vous avez des chèques vacances dont vous aimeriez bien profiter et que vous vouliez d' ailleurs offrir à des gens, n' importe qui, pour les aider, parce que vous les aimez sincèrement. Il y a des gosses de 10 ans (voire moins d' après ce que j' ai vu de mes propres yeux) qui fument des vraies clopes. Ha ha, ça ne sert pas à grand chose de supprimer les cigarettes en chocolat parce que ça inciterait à fumer (ah bon ? Parce que je me shoote royalement aux clopinettes en chocolat, j' aurais envie de fumer ? Elle est bien bonne, merci mr le ministre de la santé... Vous en avez d' autres comme ça ?), je vous assure. Il y a les beaufs avec leurs manteaux publicitaires ornés des plus belles marques à presque tous les coins de rues. C' est sûr maintenant on sait que Scania et Red Bull c'est des marques en rouge.
Vous trouvez que je caricature ? Vous n' avez encore rien vu alors.

Et puis venons en puisque c'est au coeur de ce qui me désole, il y a le problème de l' irrespect qui doit jouer dans l' inculture flagrante qui gagne cette région mais aussi peut être tout ce pays...

Irrespect des parents vis à vis de leurs enfants. En ne leur donnant que peu d' éducation, comment ceux ci peuvent ils respecter eux mêmes en les aimant profondément, la culture mais aussi leurs proches. J' ai presque envie de citer Desproges mais je ne le ferais pas là, c'est un tic dont j' aimerais me débarasser pour voler de mes propres ailes. Comment peuvent ils respecter une chanteuse comme Camille avec toute l' humanité bouleversante que contient la jeune femme dans son album "le fil" ? Mais même, comment le pourraient ils si n' ayant pas reçu une éducation ou lus suffisamment, ils ne ressentiraient que peu d' émotions voire pas du tout en écoutant celle ci ? Quand vous écoutez de la musique, avouez le, vous vibrez tous forcément un peu, même si ce ne sont pas pour tous les mêmes musiques ! Si vous allez à un concert, c'est que c'est vous qui en avez fait le choix. C' est vrai quoi, dans notre beau pays où tous les prix grimpent, avouez que si vous payez pour quelque chose qui vous tient à coeur, vous allez forcément essayer de vibrer jusqu' a la corde raide au fond de chaque parcelle de votre corps, profiter du spectacle jusqu' au coeur de votre âme.
C' est peut être parce que je respecte profondément la musique --au point même de demander aux gens de se taire quand passent certains artistes fabuleux, ou de baisser d' un ton, voire d' écouter profondément la mélodie, mon cher Nelson-- que ce soir là je me suis senti blessé et Camille peut être plus que tout, vu que c' était son spectacle donc une partie d' elle même qui mourait face à des gens bornés et stupides ce soir là.

Non respect de la musique mais aussi du cinéma, quand devant l' écran qui nous montre une scène particulièrement "crac-crac" d' History of Violence le dernier Cronenberg (non je ne donnerais pas mon avis étant donné qu' a la base je suis fan du réalisateur canadien, ce serait forcément impartial et trop subjectif) au cinéma, se projette soudain un raie de lumière découpant verticalement le film en 2 écrans. Etonnement de ma part et de ma Aude. Puis je comprends et ça m' enerve : le projectionniste à ouvert la porte de sa salle pour inviter des amis justement au moment de cette scène. 10 à 15 minutes comme ça que ça dure. Comment briser un film ou du moins couper le spectateur de la trame des émotions qu' il ressentait... Sans compter le pop corn et les téléphones portables allumés.
Merde, même à Paris j' avais jamais vu ça.
Alors quoi bordel je sais pas, mais on ne va pas voir un Cronenberg ou un Woody Allen comme un Kill Bill. On ne regarde pas Visconti, Kubrick ou Tarkovski comme une production Besson.
J' adore le cinéma à tel point que j' envisage peut être d' en faire mon métier, ou tout du moins ma passion, mais là je suis dégoûté pour un certain temps. Peut être que ce n' est que le début de mon incroyance en l' humanité.

Il n' y aura pas de bébé déposé devant ma porte pour qu' on le nourisse et le sauve comme dans Rashomon (1950) de Kurosawa. Je ne permettrais pas d' espoir pour des êtres qui souffriraient plus que moi dans ce monde (et je suis convaincu qu'il me reste à souffrir encore plus dans l' avenir, je ne me fais pas d' illusion, ma relation masochiste avec ma douce --j'en reparlerais-- me le confirme cruellement chaque jour). J' en viens à me demander de plus en plus l' intéret de vivre à deux pour avoir des enfants dans un monde capitalisé à outrance, un monde qui prône les films pop corn américains ou français en regard des démarches artistiques d' artistes, de cinéastes indépendants. Un monde qui prône la musique vacharde et labellisée pur soupe face aux oeuvres d' artistes du passé (Ha, qui se soucie encore de Bach parmi la jeunesse ? Une poignée qui le plus souvent joue d' un instrument ou à reçu une éducation attentionnée de ses parents, et en regard de nos années présentes, ça devient rare. Toi et moi sommes isolés Nils, le sais tu ? Nous disparaîtrons face à la médiocrité du monde) ou du présent qui vivent de plus en plus dans l' ombre quand leur succès n' est pas un accident ou le fait du contrôle total (Björk et le regretté Nick Drake, exemples noyés dans la masse) de leur oeuvre. Un monde qui prône la facilité, la simplicité et la médiocrité de pensée face à la difficulté, à l' intelligence, la marginalité.

C' est hallucinant pour moi de voir plus de gens dans mon entourage vénérer Taxi et ses suites plutôt que Barry Lyndon. Alors oui, Barry Lyndon, c'est monumental, c'est des costumes historiques, ça fait plus réel que la trilogie de Peter Jackson, bouh alors. Ah ben oui, Barry Lyndon, c'est la médiocrité d'une époque, reflet dangereux de la notre, les rapports humains pourris ou faussés où les faibles et les naïfs humains se font bouffer, Barry Lyndon c'est complexe oulà mon dieu (encore que Barry Lyndon est plus accessible que "2001", faut pas capilotracter mémé dans les hortillonages), diantre que oui. Ah ben oui, c'est de la musique classique avec Haendel en maître d' oeuvre dans le film de Kubrick, c' est pas les envolées pétard mouillés de Howard Shore sur le "film à costumes" de Mr Jackson (notez les guillemets), Howard Shore qui est pourtant plus incisif et ingénieusement diabolique chez Cronenberg ou Fincher (les arpèges qui montent dans Se7en oui c'est lui). Barry Lyndon, y'a des plans de caméra et de cadrage comme dans la peinture, aie aie, oulàlà le pauvre djeunz il va être perdu.

Moi le djeunz qui ne fait aucun effort pour s' ouvrir à la culture qui l' entoure je lui ressort sa merde aux yeux, c' est pas compliqué. Parce que se culturer (si on peut dire), c' est un effort quotidien, mais ça devient un plaisir. Je suis désolé, le fait de vivre dans un environnement beaufisé n' est pas une excuse valable pour moi. Certes l' éducation joue et si les parents ne la promulgue plus il reste l' école.
Je reconnais avoir eu la chance d' avoir d' excellent professeurs mais ce n' est pas une raison. Le reste n' est qu' une suite d' accidents qui ont ensuite déterminés mon êtres. Accident voulus le plus souvent. Le fait de voir 2001 à 8-10 ans sans jamais avoir vu Star Wars dont pourtant tout le monde me parlait dans mon entourage, c' était voulu et le fait de vivre l' expérience sur une télé 4/3 (mais à mon âge, elle me paraissait immense !) avec en plus les couleurs qui déconnaient à cause de je ne sais quel fusible et que papa ne pouvait pas le remplacer dans l' immédiat, ce fut quelque chose. Vous accepteriez, vous de regarder un film comme "2001 l' odyssée de l' espace" en noir et blanc avec juste du vert et du rouge dans les couleurs, comme je l' ai vécu moi ? Laissez moi en douter gentiment.

Mon isolement aussi fut voulu, puisqu' en m' isolant je me plongeai dans la culture, les livres, la peinture, les films, la musique comme seul réconfort, seul ami fidèle.
Certes j' ai eu une éducation plus ou moins valable à la base, mais il y a aussi l' effort et l' ouverture qui sont à prôner.

Si ils refusent de faire l' effort de s' intéresser à des oeuvres plus complexes, alors oui, ce pays est définitivement perdu. La culture est foutue, l' humanité est foutue et tous les Hommes deviendront aussi pourris que les personnages du film de Kurosawa.

Le 11 novembre on a plus parlé de Johnny Halliday que de la guerre, c' en est proprement révoltant, je le dis et redis, mais tout ça me débecte....

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Je crois que malheureusement, l'école ne favorise pas vraiment la culture ni la curiosité. Ce qu'elle met en avant, c'est le savoir, et même, le savoir pur, souvent déconnecté de toute réalité pratique. Il n'y a qu'à regarder les programmes. Est-ce que c'est à l'école que tu as pris l'envie de lire ou la passion du ciné, de la musique ?
Ceux qui n'ont que l'école pour les guider - et ils sont nombreux ceux dont les familles sont absentes ou incapables - ont peu de chance de s'éveiller à tout ça.

Nio a dit…

J' en ai conscience mais j' essaye de faire bouger les choses de mon côté aussi (car oui c'est vrai que c'est plus facile de lancer un pavé dans la mar(r)e pour gueuler que d' agir), avec un forum (mais personne ne bouge ses fesses), des blogs divers (musique (*) et dessins, photos (**)), des projets avortés (blog de cinéma). Bon ça c' est pour le virtuel.

Dans la réalité j' ai participé à 2 fanzines plus ou moins officiels d' Amiens. L' un pour le lycée, l' autre avec des amis, notamment Jean, un intello barré ailleurs complétement cinglé (dans le sens du terme) J' ai aussi tenu à faire des exposés et mini conférences...

Tout ça pour rien ou du moins c'est le sentiment que ça me laisse. Le goût amer des révoltes inutiles et des navires qui coulent...

(*) http://pochettes.canalblog.com
(**) http://10191.canalblog.com

Raphaël Zacharie de Izarra a dit…

ELOGE DE LA MEDIOCRITE / PROCES DE L'INTELLIGENCE

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ELOGE DE LA MEDIOCRITE

J'aime la médiocrité. Conspuée par l'ensemble des hommes, la médiocrité est un refuge à portée de main, d'esprit. A portée d'homme.

A ma portée.

La médiocrité ne m'effraie point, au contraire. Je la recherche, la cultive, la savoure comme du pain jeté à terre. Les sots la fuient comme la peste. Les médiocres du monde entier eux-mêmes feignent de la mépriser. Pourtant la médiocrité n'est-elle pas le ciment universel de l'humanité ? Tous les hommes de bonne volonté devraient se reconnaître à travers la médiocrité au lieu de se jurer mutuellement de n'être pas liés entre eux par cette caractéristique fraternelle... Hélas ! La médiocrité est le patrimoine humain le plus décrié, l'héritage universel le moins apprécié...

Entretenir la médiocrité est l'apanage des penseurs modestes proches des vérités quotidiennes, débarrassés du poison commun de l'orgueil. C'est surtout une manière de briller autrement. Les beaux esprits aiment leur médiocrité. Luxe des belles gens, la médiocrité revendiquée, affichée, portée aux nues est une gifle hautaine assénée à tous les petits coqs infatués de leur plumage crotté qui clament sans crainte du ridicule n'être point médiocre, ne pas l'aimer, la fuir...

La médiocrité protège souverainement ses adeptes des fausses certitudes. Elle les préserve de bien des tempêtes, certes éclatantes mais inconfortables. La médiocrité est un fauteuil percé dans lequel aiment à se laisser bercer les gens persuadés d'être à leur place.

Je suis un médiocre convaincu : je dîne au rabais, me contente des petites pluies passagères, pioche au hasard de la vie, prends garde à mes pieds pour économiser mes semelles, fais les choses à moitié de peur d'aller trop loin, suis mitigé dans mes avis les plus manichéens, tiède avec mes ennemis, partagé entre coeur et raison. Je suis tellement à mon aise dans ma médiocrité que non seulement je ne sens nullement le besoin d'aller voir ailleurs mais en plus, fierté des âmes humbles (beaux esprits par définition), j'éprouve le besoin de communiquer à la terre entière mon bonheur d'être médiocre.

Raphaël Zacharie de Izarra

PROCES DE L'INTELLIGENCE EN TROIS TEXTES

1 - Défense de la sottise

La sottise est le dernier rempart efficace contre la suprématie inique des beaux esprits qui ne gagnent leur cause qu'avec la lâche, fourbe, insidieuse subtilité de leur pensée.

L'intelligence est torve, sinueuse, secrète. La sottise est franche, directe, claire. L'intelligence aime les énigmes, se complaît dans le mystère, se masque avec éclat. La sottise méprise l'obscurité, fuit l'hermétisme, se dévoile sans ambages. La sottise n'a rien à cacher, rien à prouver, rien à vendre, tout à perdre. Donc rien à gagner. L'intelligence caresse, séduit, convainc avec des fioritures de langage. La sottise cogne. Elle n'use d'aussi vains détours indignes de tout bon sot qui se respecte.

Le sot aime les carottes, les navets et les soupes chaudes. Le bel esprit ne se préoccupe que d'affaires qui ne se mangent pas. Et qui vient se plaindre de crever de faim quand vient la bise ? Le sot ne porte pas le regard plus loin que son sillon. Le bel esprit le raille. Et qui vient crier famine l'hiver venu ? Le sot n'argumente pas, il frappe. En cela les faits lui donnent toujours raison, la loi en vigueur ici-bas étant celle du plus fort.

Les sots ignorent l'alchimie étrange de la terre mais eux au moins y font pousser patates, poireaux, tomates. Les sots ne savent rien des mystères cosmiques, mais ils ont de quoi tenir l'hiver. Ils n'ont rien dans la tête mais tout dans les poings.

Les sots n'ont pas d'amis mais plein de bois pour leur feu. Ils sont seuls mais heureux de l'être. Ils sont dépourvus d'intelligence et sans malice, sans ironie, sans vanité peuvent s'en vanter.

Raphaël Zacharie de Izarra

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2 - Éloge de la bêtise

Je chéris et loue la bêtise. La bêtise est une haute qualité, une authentique vertu, le rempart absolu contre la souveraine et tyrannique intelligence qui l'écrase, la méprise, la persécute. La bêtise est l'apanage de ceux qui sont totalement dépourvus d'intelligence, et qui sont par conséquent remplis de saines certitudes, d'inébranlables convictions, de salutaires illusions. La bêtise empêche de trop penser, elle pousse à l'action irréfléchie. Elle éloigne et préserve fatalement l'être de la pensée stérile, creuse, futile.

La bêtise rend toujours heureux tandis que la réflexion angoisse. La bêtise résout tous les problèmes de la pensée en éliminant tout simplement la pensée. Le penseur se crée des problèmes, l'intelligence est inconfortable parce qu'elle pose des questions embarrassantes à l'homme. Les gens intelligents se posent toujours des questions insolubles. Alors que les gens sots ne se posent tout simplement pas de questions : voilà le secret de leur bonheur.

Les gens stupides cultivent leur jardin sans plus se poser de questions. Les gens intelligents se préoccupent plutôt du temps qu'il fait au-dessus de leur tête bien faite et en oublient totalement leurs activités horticoles. Ils s'y désintéressent parfaitement, préférant se torturer l'esprit avec des choses qui, aux yeux des gens bêtes, n'en valent pas la peine.

D'où la supériorité de la bêtise sur l'intelligence qui force l'heureux élu à cultiver son jardin. Et avec coeur encore. Alors que l'intelligence ne fait rien pousser du tout sous les pieds de ses victimes bien pourvues.

Raphaël Zacharie de Izarra

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3 - Encore un éloge de la bêtise

La bêtise est le privilège de ceux qui ne sont pas habités par la vaine et méprisable intelligence.

L'intelligence, ce vernis de l'esprit... Cet habit d'apparat hautain et superficiel, cet artifice cérébral indigne de l'Homme, cette pollution mentale qui dénature si bien les pensées et met plein de mollesse dans le cerveau à la manière des substances nocives que l'on nomme héroïne, cocaïne, Marie-Jeanne... L'intelligence est un poison dangereux et la bêtise est son naturel antidote.

L'intelligence empêche l'action, elle freine l'instinct et la saine pensée primaire. L'intelligence oblige les gens à penser de plus en plus et donc à faire des études, à se lancer dans la recherche. Elle excite la curiosité et génère maintes questions aussi difficiles qu'inutiles. En un mot l'intelligence pousse à la réflexion et de par ce fait empêche de vivre. Il est tellement plus agréable, plus facile de ne point penser et de se laisser guider par l'instinct, l'ignorance, l'innocence, ou par l'autorité ecclésiastique, politique, syndicale...

Obéir sans penser, n'est-ce pas l'assurance de ne jamais commettre d'erreur par soi-même ? Jamais de remords avec la bêtise, puisqu'elle excuse à peu près tout. Alors que l'intelligence est au contraire un facteur de responsabilités pénales, morale, professionnelle. Plein d'ennuis en perspective avec l'intelligence...

La bêtise heureusement empêche le développement de la pensée : c'est le confort de l'esprit par excellence. La bêtise est l'apanage des authentiques esthètes soucieux de leur qualité de vie.

Raphaël Zacharie de Izarra
2, Escalier de la Grande Poterne
72000 Le Mans
FRANCE
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