24 décembre 2005

Survol d' un bilan (1)

On ne change pas une recette qui gagne et comme l' année dernière je me propose de faire un bilan assez subjectif (par exemple je ne parlerais pas hélas de "Million Dollar Baby" le dernier Eastwood parce que je ne l' ai pas vu. Pareil pour King Kong, Madagascar et autres Match Point à mon grand regret...) de tout ce qui m' a marqué au cinéma mais aussi tant qu'on y est rapidement, en dvd si possible. C' est le premier bilan, assez matérialiste, le suivant étant consacré aux bonheurs et malheurs personnels...
Comme pour le premier bilan, je ne vais pas jouer les moralisateurs, je dis simplement ce que je pense de tel ou tel film et mon avis n' engage que moi. Si vous n' êtes pas d' accord (mais j' ai de la chance, peu de monde passe ici. Ouf, ça a du bon de fuir canal-bloque par moment), merci d' argumenter en commentaire. C' est tout.

On se lance ?

Cette année 2005 aura été a tout points de vus exceptionnelle. Des suites à foison (Saw I et II), des nanars (Brice de Nice) comme des retournements inattendus, des films à la fois pour toute la famille, des oubliés qui ressortent miraculeusement, la hargne des poids lourds que sont Lucas, Burton, Spielberg, Allen, Gilliam, Gus Van Sant, Cronenberg, Romero, on a tout eu, tout ! Manquait plus que Fincher, Verhoeven, Kubrick et Tarkovski (non, non je n' ai pas fait exprès d' oublier le mort vivant qu' est devenu Godard). Les deux premiers prenant des vacances et ne faisant presque rien, les deux suivants étant hélas partis bien trop tôt.

A l' heure où j' écris ces lignes, Tarantino doit se reposer un peu après le steak tartare de Kill Bill ou tourner le film de guerre qu' il avait dit. Moi je le verrais bien sur un film de science fiction aux répliques diantrement cultissimes avant l' heure mais je doute que le père Quentin soit franchement intéressé par la science fiction. Diantre et peste que ce pinailleur copieur de bon goût. D' ailleurs il avait bien aimé Shaun of the Dead. C' est vrai qu' on méritait de le voir enfin dans nos contrées ce génial et drôle film (parodique) sur les zombies. En plus c'est plus l' amérique mais Londres et l' Angleterre qui sont ravagées. Un arrière goût de 28 jours plus tard ? Non pas vraiment tant le film évite la grosse catastrophe (on reste isolé dans un petit quartier : son pub, ses habitants, ses rues.) et se concentre sur la parcelle de vie du pauvre Shaun, employé à la vie franchement merdique partagé entre une copine qui le presse de choisir entre elle, sa mère et son pote (un gros beauf mordu de jeux vidéos. Un super geek quoi). Franchement jouissif même si ce que je dis n' avance aucunement sur l' opinion qu' on peut se faire sur le film.

Je reste sur le film de zombies, puisque c' était le retour de mr Romero (65 ans, toutes ses dents) avec "Land of the dead". Un film de zombies à l' ancienne, avec de vrais morceaux de zombies très lents comme les affectionnent les cadres de chez capcom (encore qu' avec resident evil 4, on charcute maintenant à tour de bras des paysans très beaufs, c'est tout aussi bien je dis pas le contraire) mais aussi une vraie leçon de cinéma puisque Roméro ne filme pas de surenchère (sauf celle des morceaux qui giclent en toutes part mais n' est pas gore qui veut), n'a pas de montage hystérique ni d' effets clipesques. Et le film sait en plus rester intelligent tout en tenant un rythme de croisière assez sympathique. Et le film se permet (comme tous les Romero une fois de plus) une petite critique sociale de l' Amérique en plus que les zombies commencent à apprendre à s' organiser, a survivre... Bref des zombies avec un neurone en plus.

On reste dans le sang qui tache et choque bien les ménagères de plus de 50 ans avec Sin City. Rodriguez (Robert de son prénom), ami de Tarantino et aussi créateur des heum... Spy Kids, oui bon, enfin Rodriguez, grand fan du comics de Frank Miller s' est associé avec ce dernier pour nous donner un enfant légitime qui tient autant du comics original (le noir et blanc avec les teintes de couleurs, les contrastes entre blanc et noir accentués parfois à l' extrême comme les pansements de Marv, les lunettes du teenager mutant Elijah Wood) que d' une suite de Pulp Fiction ou de tout autre bon film de Tarantino (la chronologie inversée comme si on feuilletait un strip, la violence bon enfant). Et puis il y a Jessica Alba, argument vendeur incroyable pour la libido de tout ado qui se respecte. C'est pas une suite à Pulp Fiction, mais plus du Pulpe Nichon ce film : Et dieu que c'est bon. Rodriguez signe là son meilleur film.

Encore du sang qui gicle à foison (décidement, 2005 aura été une année brutale à tous points de vue) avec "History of Violence". Cronenberg signe là son film le plus épuré, délaissant, on l' espère pour un temps, la nouvelle chair qui l'a fait connaître (revoyez les films de Cronenberg, je ne vais pas m' apesantir dessus). History of violence révèle un Viggo Mortensen dans un rôle violent (très même) et un Ed Harris toujours aussi grand, dans un rôle de petit tueur auquel notre Aragorn national aurait enlevé un oeil à coup de fil de fer (là oui, ça refroidit).
History of violence, sans être le meilleur Cronenberg de son auteur, poursuit en filigranne les thèmes qui lui sont chers : la violence, le virus, la contamination. Là c'est toute une famille qui est exposée à la violence d' un seul auquel le passé ressurgit. On se fiche de savoir ce qu' a été Tom Stall, simple père de famille dans son passé mais --et c'est là la volonté de mister Cronenberg-- on suit très bien ce qui arrive à ses proches quand ce passé ressurgit. Jamais Cronenberg n' avait filmé aussi justement une famille qui se décompose lentement et qui peine à retrouver le calme et la rédemption. Et cette violence, filmée comme un ballet chorégraphié mais tellement réelle. "History of violence" aurait dû avoir la palme car c'est un grand film qui a tout d'un futur classique.

Encore de la brutalité en folie avec le monstrueux "La guerre des mondes". En signant un remake (celui de la version 1953) et une nouvelle adaptation du livre originel de Wells, Spielberg en profite pour exorciser ses vieux démons de l' attentat du world trade center de 2001. Date à laquelle, il a également pris un nouveau tournant dans son cinéma en livrant des films plus noirs, plus sérieux et plus cruels par moments (revoyez Minority Report, Arrête moi si tu peut, mais oubliez Le terminal qui, même si il est gentil et mignon, pâlit devant les deux films sus-cités). L' adaptation de Spielberg ne fait pas dans la dentelle et certains imbéciles --n' ayant d' ailleurs sûrement rien compris à la fin-- ont crûs bon de taxer le film de "patriotique". Ah oui ? C'est patriotique de voir des corps flotter à la surface de l' eau ? C' est américain de voir l' armée se faire ravager d'un coup (un seul) par le rayon de la mort ? Sans blague ! Rien que la seule scène de l' attaque extra terrestre au début du film cloue le spectateur dans son fauteuil pour de bon. Merde on avait oublié depuis Indiana Jones et le temple maudit que Spielberg pouvait nous mettre une foutue claque. Les rayons de la mort extraterrestre réduisent les humains en cendres, toute une poussière que l' on retrouve sur les cheveux d' un Tom Cruise hébété, comme celle des pompiers et survivants du 11 septembre. D' ailleurs l' analogie est doulouresement compréhensible, c'est là le pire. Et le film multipliera toutes les allusions au 11 septembre tout en respectant assez bien le bouquin dans son ensemble malgré quelques points noirs (le nom d' Ogilvie originel mal repris, l' explication du pourquoi du comment d' où qu' ils viennent nos envahisseurs, la scène de la cuisine avec les raptors de Jurassic Park presque reprise plans par plans, la fin un peu expéditive) finalement pas des plus gênants. On aime le film pour la terreur qu' il dégage. On avait pas été plus déboussolé par un film de science fiction brutale et adulte depuis Aliens de James Cameron c'est dire. L' est bien loin le temps des E.T tous minces de Rencontres du 3e type et du petit monsieur aux longs doigts crée par Carlo Rambaldi, mouaip.

Moins violent mais tout aussi sombre par moment avec des pointes d' humour noir bien venu, furent le film de mr Gilliam, "les frères Grimm". Rappelez vous, on avait laissé ce pauvre Terry sur le tournage impossible d' un Don Quichotte dans "Lost in la mancha", ça faisait vraiment mal au coeur. Il semble que Terry se soit repris en main et ait décidé de faire péter les frais : village construit à partir de maquettes, reconstruction presque grandeur nature de la tour, images de synthèses à la fois voyantes mais pas trop non plus... En fait là où le bât blesse, ce sont les acteurs qui cabotinent par moment et cassent tout le rythme. Jonathan Pryce pourtant génial dans Brazil ou le Baron de Münchausen nous fait du n' importe quoi et s' amuse comme à la fête foraine. Tout le monde s' amuse bien un petit peu et le spectateur est un peu laissé sur place. [BIG SPOILER on] Le pire pour moi a été de voir justement le personnage de Pryce mourir dans le film. Ok c'est un méchant et même une belle ordure mais à ce moment là j' ai pensé en voyant un personnage Gilliamien mourir "C'est la fin du cinéma de Gilliam." Enfin, en espérant que Gilliam se rattrape au prochain film...On (je) garde espoir. [BIG SPOILER off]

Peut être était ce aussi la fin du cinéma de Burton. "Les noces funèbres" même sympathique et plaisant en diable se révèle trop proche de la magie de "L' étrange noël de mr Jack". Ce film que je me suis pris pourtant à coeur de défendre sur chronicart se révélait un peu, hélas, déjà vu. Attention ne me faites pas dire ce que j' ai pas vu, le film est superbe et c'est toujours le génie de mr Burton que l' on récèle là dessus. Le problème, c'est quand ce génie est utilisé comme une ficelle que l'on peut tirer et décliner plein de fois maintenant. Bon film mais les cinéphiles éprouveront un tenace sentiment de déjà vu un peu gênant par moments.

On quitte le morbide ? Je fais une pause et je reprend plus tard en soirée ou demain.

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